Belgrade en mode vintage, une idée de week-end prolongé dans les Balkans

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Maintes fois détruite et autant de fois reconstruite, la capitale de la Serbie a de quoi séduire par sa beauté étrange et chaotique à la croisée des pays d’Europe centrale et des Balkans. Carnet de route.En ce moment
Le Mas de la Fouque
9 lieux pour siroter une piscine… de champagne !
À Belgrade, nul besoin d’une voiture DeLorean DMC-12 pour remonter le temps façon Retour vers le Futur. Une Yugo rouge, cahotant et toussotant, suffit à plonger le visiteur à l’époque de la Yougoslavie. Ses habitants en avaient (presque) tous une – et beaucoup roulent encore avec. À son bord, Ralph van der Zijden, un Hollandais amoureux de la ville, a lancé le Yugotour en quatre roues. Au fil des kilomètres, il déroule l’histoire de l’ancienne capitale yougoslave, si complexe à saisir. « L’héritage communiste est encore très présent, avance-t-il. Belgrade est un musée en plein air avec ses bâtiments qui semblent figés dans le temps, témoins de cette époque. » Alors, pour découvrir ses trésors, en voiture Simone !

“Mad Men” en version socialiste

Direction Novi Beograd, la Nouvelle Belgrade, érigée à partir de 1948 sur un terrain marécageux. Il faut construire vite pour loger les habitants au sortir de la guerre, la ville ayant été bombardée deux fois (une par les Allemands, une autre par les Alliés). Cette nouvelle forêt de tours offre la promesse de la modernité et d’un avenir radieux. Le premier bâtiment à sortir de terre est le SIV, acronyme du Conseil Fédéral Exécutif de la Yougoslavie, rebaptisé aujourd’hui Palais de Serbie. Il changera de nom aussi souvent que la fédération socialiste de Tito qui se divise en sept morceaux en 1991. Construit en forme de « H », c’est un mastodonte de quelques 65.000 m2. « Après sa séparation avec Staline, Tito voulait se distinguer des autres pays du bloc soviétique, explique Ralph. Le bâtiment a été construit dans les meilleurs matériaux et décoré de meubles, tapis et œuvres d’art de l’ex-Yougoslavie ». Il compte 744 bureaux dont certains aujourd’hui occupés par des ministères. Ouvert au public à de rares occasions comme la Noc Muzeja, la Nuit des Musées, l’intérieur Mad Men en version socialiste vaut bien l’attente du prochain événement en 2017. Le Palais de Serbie offre un bond dans le temps au fil de sept salons nommés d’après les anciennes républiques (Slovénie, Bosnie, Monténégro, Serbie, Macédoine, Croatie) et rebaptisés aujourd’hui de façon plus neutre par des noms de couleurs. Ces pièces de réception sont toutes restées dans leur jus, à tel point qu’on se demande si les fauteuils ont été utilisés… La réponse est oui. Le bâtiment a abrité, entre autres, la première conférence des pays non-alignés en 1961.

Belgrade, comme au cinéma

De la voiture, le gigantesque signe publicitaire Coca-Cola posé sur le toit d’un immeuble fait immédiatement penser à une scène de Good bye Lenin! qui précède Bienvenue à Gattaca au pied de la Porte de l’Est, soit deux tours reliées entre elles – et franchement pas folichonnes. Oui, les références cinématographiques défilent derrière les vitres de la Yugo jusqu’au Centre Sava où, cette fois, un vieux James Bond est convoqué sous une énorme carte du monde affichant les différents fuseaux horaires. Plus loin, à l’orée de la forêt de gratte-ciel alignés, le Musée d’Art Moderne est venu se poser sur les bords de la rivière Save. Son architecture de 1965, intéressante, est la seule chose à voir. « Le musée est fermé depuis 2007 pour rénovation avance Ralph. » Les lieux ont plutôt l’air de prendre la poussière… Tant pis. Ralph profite de la ligne droite peu fréquentée et de l’asphalte cabossée pour tendre le volant à qui veut. La Yugo, c’est tout un art. Le coup de main n’est pas donné à tout le monde. « Ce modèle date de 1989, embraye Ralph qui en connaît un rayon sur les voitures. Il n’a quasiment pas changé depuis la sortie du premier modèle des usines Zastava en 1971. »
Retour de l’autre côté de la Save. La cathédrale Saint-Sava, la plus grande église orthodoxe au monde, fait le trait d’union entre hier et aujourd’hui. À l’intérieur, des camions s’affairent – ce qui n’est guère courant à voir. Commencée en 1935, ses travaux devraient se terminer d’ici 2022 ce qui lui vaut la comparaison avec la Sagrada Familia de Barcelone. Sa voisine, plus petite, a eu plus de chance : elle fut réalisée en l’espace de 57 jours ! Mais Belgrade n’est pas à un paradoxe près. Elle n’en finit pas de surprendre.

Marchés, antiquaires et créateurs

Un petit air de Montmartre dans les rues de la vieille ville.
Photo Bérénice Debras
Son cœur bat dans les kafanas, ces cafés aux nappes vichy où l’on refait le monde dans des volutes de Marlboro – la loi anti-fumeur semble avoir du mal à passer les murs… On y tape aussi parfois le carton mais, surtout, on y passe des heures sur les terrasses ensoleillées. Elles sont restées le lien social du pays au même titre que les chansons que l’on entame avec plaisir autour d’une tablée après quelques verres de rakia, l’eau de vie locale. La rue pavée Skadarska, aux faux airs de Montmartre, résonne de voix cristallines accompagnées de violons et d’accordéons. Belgrade vit aussi au fil de ses marchés de fruits et légumes où les tomates gorgées de soleil voisinent, selon les saisons, avec les fraises et framboises rougissantes (la Serbie en est l’un des premiers exportateurs mondial). On y dégote, pour trois fois rien, des nappes brodées à la main ou des kilims de Pirot, un art qui se perd lentement. On le découvre chez Dub. Cet antiquaire-brocanteur, sculpteur sur bois, a commencé à travailler dans ce magasin dans les jupes de sa mère alors qu’il n’avait que sept ans. Il connaît sur les bouts des doigts les différentes méthodes de tissage de tapis. Plus loin, le centre commercial Cumicevo sokace s’est converti en Design Center après un long abandon. « Dans les années 90, ce fut l’un des centres les plus chics de la ville » avance Jasna Stojanovic, la co-fondatrice de la marque de cosmétique All Nut. Elle fait partie de cette ruche de jeunes talents et créateurs pas franchement facile à trouver car cachée dans une série d’arrières cours. Il faut suivre une abeille, en l’occurrence une jeune fille aux cheveux rouges par exemple, pour y accéder.

Bohème Savamala

Le soir, dans une ambiance Mittleuropa, la rue piétonne Knez Mihailova se remplit de lianes aux longs cheveux et talons, déambulant jusqu’à la forteresse de Kalemegdan. Les anciennes douves y accueillent cours de tennis et terrain de basket et les amoureux viennent se bécoter au coucher du soleil devant la rencontre des eaux du Danube et de la Save. Mais c’est ailleurs que tout se passe, à Savamala. Dès la nuit tombée, le quartier a l’effervescence de Berlin il y a quelques années. Dans les Balkans, on aime faire la fête comme si demain était le dernier jour. Les bombardements de l’OTAN en 1999 sont restés vivaces dans la mémoire collective – et dans le paysage où des bâtiments affichent encore leurs gueules cabossées. Alors on exulte dans les bars et clubs nés autour du Grad et de la très trendy Mikser House. Profitez-en vite. L’ombre d’un nouveau Dubaï plane sur ce quartier bohème. Malgré les nombreux soupçons de corruption, des tours devraient un jour remplacer les dernières maisons de l’autre siècle. Dommage. La ville a tant de charme.

Carnet de route à Belgrade

En images
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Y aller

Air Serbia, aller-retour à partir de 250 €. www.airserbia.com.

Plus d’infos : www.serbie.travel et www.tob.rs.

Où dormir ?
Ouvert fin 2015, le Savamala Bed & Breakfast au look bien léché est venu se loger dans un immeuble de 1908.
Photo Bérénice Debras
Square Nine
En plein centre ville, cet hôtel ***** de 45 chambres, membre de The Leading Hotels of The World, est un petit bijou design inattendu, dessiné par le Brésilien Isay Weinfeld. Le bois est au rendez-vous donnant une chaleur aux ambiances un brin scandinave. Spa, piscine et toit terrasse en font le lieu de rendez-vous de nombreuses personnalités.
Double à partir de 300 €.
Studentski trg 9. Tél. : +381 (0)11 3333 500. www.squarenine.rs.

Savamala Bed & Breakfast
Ouvert fin 2015, ce B&B au look bien léché est venu se loger dans un immeuble de 1908 situé dans le quartier de Savamala – soit à deux pas des adresses incontournables de la vie nocturne. Attention, certaines chambres « économiques » n’ont pas de fenêtre.
Double (avec fenêtre) à partir de 65 €, petit-déjeuner inclus.
Kraljevica Marka 6. Tél. : +381 (0)11 4060264. www.savamalahotel.rs.

À faire

Yugotour et IBike Belgrade
Belgrade se découvre au choix à pied, en voiture rétro Yugo ou à vélo lors d’une visite guidée. On pourra alors découvrir les plages qui bordent la Save où les Belgradois se baignent l’été. Prenez votre maillot !
yugotour.com et www.ibikebelgrade.com.

À voir

Résidence de la Princesse Ljubica
Le Prince Milos Obrenovic fit construire en 1831 cette jolie demeure pour sa femme, la Princesse Ljubica. L’architecture présente un style Balkanique emprunt d’influences ottomane (notamment avec le hammam), d’Europe Centrale (style Biedermeier) et d’Europe de l’Ouest (styles Néo-Baroque, Napoléon III, Néo-Rococo…). Charmant.
Kneza Sime Markovica 8. Tél. : +381 (0)11 26 38 264. www.mgb.org.rs.

Musée des Arts Appliqués
Un petit musée qui donne à voir l’art de vivre de la noblesse et de la bourgeoisie des Balkans au travers d’une collection de meubles, d’objets et de vaisselle. Sympathique, une bande sonore met de la vie dans les salons et la salle à manger où des rires éclatent, des verres tintent et des pas s’éloignent sur le plancher grinçant laissant imaginer une ambiance fin XIXe- début XXe siècle. Des expositions temporaires ont lieu au rez-de-chaussée.
18 Vuka Karadzica. Tél. : +381 (0)11 2626 841. www.mpu.rs.

Où manger ?

Moritz Eis
Des glaces et des sorbets bio, sans colorant, à base de fruits et de légumes locaux… Un régal !
Vuka Karadzica 9. Tél. : +381 (0)60 5544455. moritzeis.com.

Mandarina Cake Shop
Krsto Radovic, un ancien du restaurant de l’Hôtel Square Nine, a monté sa pâtisserie qui fait des heureux tous les jours. Un bonheur pour les yeux et le palais.
Gracanicka 16. www.mandarinacakeshop.rs.

Ambar Restaurant
C’est l’adresse glamour de Savamala où les habitués dépassent la vingtaine. Côté carte, le chef excelle en revisitant à sa façon les classiques de la table Serbe. Côté musique, le week-end, le DJ offre un très bon son… un peu trop fort pour un dîner.
Karadordeva 2-4. Tél. : +381 (0)11 3286637. www.ambarrestaurant.com.

Ima Dana
Dans le Montmartre local, le restaurant offre une fenêtre sur le Belgrade de la belle époque où intellectuels et artistes se retrouvaient. Ce n’est sans doute pas la meilleure table mais l’ambiance musicale vaut bien largement de s’y arrêter.
Skadarska 38. Tél. : +381 (0)11 723 44 22. www.restoran-imadana.rs.

Shopping

Dub
Des kilims de Pirot, des assiettes vintage, des trousses pour enfant des années 50… Une malle à trésors où l’on apprendra tous les secrets des tapis locaux – entre autre !
Zetska 13. +381 (0)63 11 31 505.

All Nut
Dans le Design Center, cette boutique est un rêve qui chatouille les sens. On y vend des cosmétiques faits à la main, à base d’huile de prune, d’abricot et de noix.
Cumicevo Sokace 25. Tél. : +381 (0)60 44 24 777. www.facebook.com/allnutbelgrade.

Makadam
Petit nouveau, ce magasin- bar à vin décline une sélection de produits d’artisanat hauts de gamme. Incontournable comme le quartier, l’un des plus vieux de la ville.
Kosancicev Venac 20. +381 (0)11 26 30 272. www.makadam.rs.

À lire

– Histoire de Belgrade, de Jean-Christophe Buisson, éditions Perrin.
– Serbie, Mythologies balkaniques, de Gaëlle Pério Valero, éditions Nevicata.
– Fudbalski Klub Jugoslavija, de Christophe Calais et Alban Traquet, éditions Neus.

Source: lefigaro.fr

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